CA Y EST, JE SUIS DEVENUE FILLE AU PAIR (Partie 2 : La rencontre)



Pour tout dire, c’était à la fois un mélange d’appréhension et d’excitation. J’étais très pressée de rencontrer les trois petites filles que j’allais garder.

Après, un petit lunch dans une yourte. Je suis montée en voiture avec Rebecca et nous sommes allés dans le village d’à côté pour les récupérer. Tout le long du trajet, je me suis demandée ce que j’allais bien pouvoir leur dire, j’essayais de me préparer.

Je réfléchissais à ce que je pourrais bien poser comme questions à des petites filles car pour être honnête, je me sens plus à l’aise quand je dois garder des garçons. Je ne me sens pas obligée de ressembler à ces derniers, de leur plaire, j’ai plus de facilités à blaguer avec eux. Avec les filles, c’est différent, on doit passer par un plan bien établit pour réussir à rentrer dans leur vie, leur faire des blagues semble toujours plus compliqué car on prend un risque de premier degrés et puis il faut leur plaire, vous savez être comme une certaine image dans laquelle elles peuvent se reconnaître d’une certaine manière et à qui elles peuvent faire confiance.

Je savais que la première impression était souvent la dernière et la bonne alors il fallait que je gères l’action.


Et ça ne s’est pas réellement passé comme je l’aurais imaginé…

Rebecca avait prévenue que nous irions faire les présentations avec les maîtresses de l’école. Les anglais sont très accueillants même si ils parlaient toujours trop vite pour moi et que je devais sans arrêt leur demander de répéter ce qu’ils me demandaient. Ils riaient et j’étais là, je les regardé avec un grand sourire en me disant « mais qu’est-ce qu’ils peuvent bien raconter ? Dois-je vraiment rire ou leur montrer que je n’ai pas compris ? Est-ce qu’ils sont en train de rire de moi ? Oh non, je ne devrais vraiment pas rire avec eux, alors… ». Ma tête commençait déjà à exploser et ça ne faisait pourtant à peine 3 heures que j’étais arrivée.


Une des maîtresses à appeler Chessie, j’ai vue sa petite tête blonde arriver. Elle était contente de voir sa maman et me regardait avec ses grands yeux bleus et sa petite bouille d’ange (en fait, elle commençait déjà à m’analyser et se préparait à tester mes limites). Je lui ai demandé si elle avait passé une bonne journée et elle a répondue avec son éternel « hm, hm ».

Ensuite, nous nous sommes rendus à la « big school » pour retrouver Bella. Rebecca m’avait dit que Tabby avait un cours de guitare après l’école. Je voyais défiler les enfants dans leurs costumes bleus. J’ai été étonné par les nombres d’enfants aux cheveux blonds pour commencer mais surtout par ces filles qui ne portaient pas de collants et ses garçons en tee-shirt. N’avaient-ils pas froid ? Comment étais-ce possible alors que moi, j’étais en pull, blouson et écharpe… et je me caillais ! Oui, le vent là bas est carrément glacial. J’ai compris à ce moment là qu’il serait mon pire ennemie durant ces 6 mois (j’avais bien raison car j’ai été malade 3 jours après mon arrivé, merci le temps anglais !).


Des mamans, amies de Rebecca, venaient discuter avec elle et me posaient de nombreuses questions « How are you ? So, you lived in Paris before ? Is it difficult to understand ? You should be very tired ? Did the travel was good ?» et chaque fois que Rebecca me présentait – ne sachant pas clairement dire mon prénom. « Bertille » s’est transformé en « Beutille » et en « Tilly » pour Chessie. Et oui le son « R » est aussi dur à prononcer pour les anglais que pour les français -, ces femmes faisaient des « Hoooo ! » « Haaaaa ! » « Nice to meet youuuuu ! ». Je crois que j’étais vraiment (vraiment) attendue et qu’on avait pas mal parlé de moi avant que j’arrive - et ce jour là, j’étais un peu comme la Reine de « France » pour ne pas dire d’Angleterre -.


Enfin, Bella est arrivée en courant (comme elle le fait à son habitude) sans collant, habillée de travers, sa coiffure à moitié défaite et son cartable qui se balançait de droite à gauche. Elle courait donc vers sa mère, elle m’a vue et à ralentie, s’est approché avec méfiance pour finir par me prendre dans ses bras en me disant « Hi ! ». C’était mignon. Je lui ai répondu « Hello » - et je le dis encore mais je crois que finalement ils ne l’utilisent pas plus que ça –. Et tous les plans, toutes les questions que j’avais mis en place dans la voiture s’étaient envolés. « Merde, je ne sais plus parler Anglais ». On l’a déposé à l’équitation et on est allé récupérer Tabitha à son cours de guitare. Nous étions en retard car elle n’avait pas fournit la bonne heure à ses parents. Elle nous attendait à l’entrée de l’école avec son professeur. Au contraire de ses deux sœurs, elle n’a pas les cheveux blonds.

Elle m’a dit bonjour et moi, je n’ai même pas su quoi lui répondre alors je lui ai souris bêtement.


Toute cette journée, je me suis sentie un peu idiote exactement comme quand un enfant vous remet à votre place alors que vous êtes censés en savoir plus que lui. J’étais à ma place sans l’être, j’étais moi et pas moi, j’avais peur et j’avais confiance. En fait, j’étais tout simplement indécise entre «Vais-je vraiment y arriver ou devrais-je tout quitter dès maintenant ? ». Je me pose encore la question aujourd’hui.


J’aurais aimé être l’animatrice que je suis en réalité, celle qui pose toujours pleins de questions, qui taquine, qui fait des blagues… Je me suis trouvé très discrète. A vrai dire, c’est assez compliqué d’arriver dans la vie d’une famille qu’on ne connaît en rien, qui parle une langue différente et dont la culture n'est pas la nôtre – oui, je vais devoir apprendre à ne pas rincer la vaisselle après l’avoir laver ou ne pas me soucier si les filles ne portent pas de chaussons sur le carrelage gelé -.


Il faut trouver le juste milieu entre être présente et laisser de l’intimité, déjà ça, c’est une étape.

Le reste viendra avec le temps, j’essaie de ne pas me faire de soucis. Si il me faut un temps d’adaptation, il en faut un pour les filles aussi. Et de toutes façons, j’étais plus ou moins préparée à toutes ces choses. Personne n’a dit que c’était facile.



To be continued

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